Littoral et érosion
Le recul du trait de côte, de quoi parle-t-on?
Avec environ 3 000km de linéaire côtier et ses quatre départements littoraux, la Bretagne est globalement exposée aux phénomènes d’érosion du littoral et de recul du trait de côte.
Le recul du trait de côte se produit par :
- L’érosion (avec perte de sédiments) : les côtes rocheuses s’altèrent et connaissent des effondrements définitifs ; les côtes meubles majoritairement sableuses connaissent naturellement des cycles saisonniers d’accrétion et d’érosion, mais des analyses sur le temps long montrent des reculs marqués dans certains secteurs. On estime que 18 % du linéaire « naturel » est en érosion, la vitesse des phénomènes étant variable. S’ajoutent à cela les côtes artificialisées par divers ouvrages qui connaissent régulièrement des dégâts (notamment par la perte de sédiments en leurs fondations) et n’empêchent pas l’amaigrissement voire la disparition de certaines plages à leurs pieds.
- L’élévation du niveau de la mer et envahissement des zones basses (sans perte de sédiments) : l’effet de la montée progressive du niveau moyen de la mer (de l’ordre de +1 mètre d’ici 100 ans), se traduira par un déplacement du trait de côte vers l’intérieur des terres, indépendamment des phénomènes d’érosion (au sens de « perte de sédiment ») ou d’évolution de la topographie (dont subsidence). Pour une bonne partie, il s’agit de zones d’ores et déjà concernées par un risque de submersion événementiel.
- La combinaison des phénomènes : les zones basses susceptibles d’être (re)gagnées par la mer peuvent aujourd’hui être séparées de la mer par des ouvrages anthropiques (digues) ou des systèmes naturels (cordons dunaires par exemple) qui peuvent eux-mêmes subir des dommages en raison de l’érosion ou lors de tempêtes, et menacer ruine.
Quels sont les principaux enjeux ?
Le recul du trait de côte – dans toutes ses composantes – signifie à terme la disparition ou l’ennoiement des zones concernées, et donc la disparition d’infrastructures et de réseaux (eau, électricité, communication, assainissement), l’inondation régulière des quais des ports, l’inhabitabilité ou l’insularité de certains territoires. En 2024, le CEREMA estimait pour la Bretagne 25 000ha concernés (dont 15 % de surfaces urbanisés) comptant 40 000 logements, 6 500 locaux d’activités, ainsi que des équipements publics et des portions d’infrastructures de transport (environ 170 kilomètres de réseau routier structurant).
La vulnérabilité des territoires littoraux augmentera en Bretagne dans les décennies à venir, par la poursuite des phénomènes d’érosion, l’élévation du niveau de la mer, l’aggravation de l’effet des tempêtes, et également du fait de leur croissance démographique et de la place économique des activités littorales (ports, cultures marines, tourisme, etc.).
La Stratégie Nationale de Gestion Intégrée du Trait de Côte (SNGITC) relève les limites d’une adaptation reposant essentiellement sur la protection par des ouvrages, et l’enjeu à préparer la recomposition spatiale des territoires littoraux. Elle pointe de plus la nécessité de réflexions locales pour apporter des réponses adaptées à chaque secteur (combinant défense, réduction vulnérabilité, relocalisation) et développer des plans d’actions cohérents.
Votre rôle en tant qu’élu
La SNGITC et la loi Climat et Résilience dotent les collectivités territoriales d’outils pour organiser la recomposition de leur territoire dans le cadre de l’exercice de leurs compétences en matière d’urbanisme et d’aménagement, pour viser la résilience et l’adaptation de leur territoire et de leur population. Les dispositions législatives introduites se fondent sur quatre priorités : connaître l’évolution du recul du trait de côte ; décliner les outils juridiques nécessaires pour gérer les biens existants particulièrement vulnérables ; encadrer le régime des nouvelles constructions ; permettre la recomposition spatiale.
Ainsi, il est plus particulièrement attendu des collectivités littorales :
- Qu’elles réalisent des cartes locales d’exposition au recul du trait de côte et les intègrent dans leurs documents d’urbanisme afin de maîtriser l’urbanisation dans les zones exposées, puis qu’elles mettent en œuvre les outils fonciers existants pour la recomposition spatiale.
- Que, plus globalement, elles interrogent leurs modes de développement, en particulier dans une perspective de changement climatique, et viser la résilience et l’adaptation de leur territoire. Les réflexions relatives aux risques littoraux, et a fortiori au recul du trait de côte, recoupent de plus des problématiques de paysages, d’attractivité, de patrimoine, etc. C’est l’objet des stratégies locales de gestion intégrée du trait de côte (SLGITC), qui permettent de fixer des orientations moyen et long terme adaptées à leurs territoires mixant protection, relocalisation d’enjeux et simple surveillance.
- En outre, de nombreux leviers d’actions complémentaires – et sans regrets - existent : observation, études diagnostiques, opérations physique de gestion (solutions fondées sur la nature en particulier), développement de la culture du risque, etc.
De plus, les démarches d’adaptation au recul du trait de côte trouve une articulation avec l’exercice de la compétence GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), et plus particulièrement avec la gestion des ouvrages littoraux.
Le rôle de la DREAL
En matière d’adaptation au recul du trait de côte, l’État a pour rôle d’accompagner les collectivités, en apportant :
- du conseil et de la pédagogie,
- des financements,
- de la mise en réseau et du partage d’expérience,
- de la méthodologie et de la connaissance.
La Région Bretagne, les opérateurs de l’État (Établissement public foncier, Banque des territoires, CEREMA, BRGM, Conservatoire du littoral), des équipes universitaires de recherche sont également mobilisés et peuvent appuyer les collectivités sur les aspects précités, mais aussi en assurant assistance à maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’ouvrage d’opérations, portage foncier, réalisation d’études, etc.
Exemple de réussite locale
- Bilan de l’expérience de trois collectivités bretonnes ayant élaboré une stratégie locale de gestion intégrée du trait de côte
- Exemple de la démarche de Coutances Mer et Bocage
Ressources
- Élaboration de stratégies locales de gestion intégrée du trait de côte (voir notamment un document d’enseignements tirés d’expériences bretonnes)
- Réalisation des cartes locales d’exposition au recul du trait de côte (document de recommandation, trame de cahier des charges)
- Ressources diverses, actualités thématiques
Pour aller plus loin
- Portail national Géolittoralpour l’accès à des données relatives au recul du trait de côte
- Gestion souple du trait de côte et solutions fondées sur la nature (vidéo)
- Mesure Fonds vert « S’adapter au recul du trait de côte »
Contacts
Les 4 DDTM de Bretagne sont votre porte d’entrée.
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Cadre légal de référence
- Recensement par décret des communes dont l’action en matière d’urbanisme et la politique d’aménagement doivent être adaptées aux phénomènes hydrosédimentaires entraînant l’érosion du littoral : art. L321-15 du Code de l’environnement
- Cartes locales et maîtrise de l’urbanisation : art. L121-22-1 à L121-22-12 du Code de l’urbanisme
- Outils fonciers :
- Droit de préemption : art. L219-1 et suivants du Code de l’urbanisme
- Bail réel d’adaptation à l’érosion côtière : art. L321-18 à L321-33 du Code de l’environnement
- Information des acquéreurs et locataires : art. L125-5 du Code de l’environnement