Décarbonation de la logistique en Bretagne : Région et État font le point sur la transition du transport routier et l’émergence des véhicules électriques
Alors que la hausse des prix des carburants perdure, l’État et la Région Bretagne organisaient ce jeudi un atelier dédié à la décarbonation de la logistique, en particulier des transports routiers, en application de la feuille de route régionale de la mobilité des biens et des marchandises qu’ils pilotent avec l’appui du cluster Bretagne Supply Chain. En marge de ce rendez-vous, les partenaires ont fait un point sur les actions engagées dans ce cadre au centre AFPA de Loudéac, qui dispense des formations de conducteurs poids lourds et un cursus dédié aux nouvelles énergies dans la maintenance des véhicules. À cet emplacement stratégique, le long de la RN164, axe logistique crucial pour le secteur agro-alimentaire breton (300 M€ d’investissements depuis 2015), un coup de projecteur a été donné sur les poids lourds électriques qui commencent à être utilisés par des transporteurs bretons. Un véhicule de GFS (Gautier Fret Solutions) y a notamment été présenté.
Pour relever les défis liés aux transitions et répondre aux crises énergétiques mondiales qui se succèdent, l’État et la Région ont adopté une feuille de route de la mobilité des biens et marchandises fin 2025 visant à transformer la logistique en Bretagne à l’horizon 2050. Ce plan vise à réduire l’impact environnemental du transport tout en renforçant la compétitivité économique de la péninsule. Il prévoit la mise en œuvre de 30 actions concrètes d’ici 2028 portant sur la compétitivité du secteur, sa résilience, son adaptation aux réalités territoriales et sa décarbonation. En la matière, Etat et Région investissent dans le report modal sur les ports et dans le fret ferroviaire, mais cette feuille de route prévoit aussi l’électrification du parc roulant.
Les objectifs de cette feuille de route ont été rappelés par Yves Salaün, directeur adjoint de la Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement (DREAL) Bretagne, et Loïc Hénaff, conseiller régional délégué à la relocalisation, au fret et à la logistique, en présence de Jean-Yves Gautier, président de la Fédération Nationale des Transports Routiers (FNTR) Bretagne, et de Fabien Fillâtre, directeur du centre AFPA de Loudéac.
Émergente, la part de marché des poids lourds électriques, qui ne s’élevait en France qu’à 2 % fin 2025, ne peut que croître tant en raison du contexte économique et énergétique qu’au regard des objectifs climatiques à atteindre de manière impérieuse. D’après les projections du projet de Stratégie nationale bas carbone (SNBC), l’électrification des poids lourds pourrait réduire d’au moins 30 % leurs émissions d’ici 2030. Son essor, comme à chaque innovation technologique, n’est pas sans soulever de nombreux défis que devront relever les transporteurs, avec l’accompagnement des filières (FNTR) et d’outils collectifs tels que Mixenn soutenu par l’ADEME et la Région.
Le récent plan national d’électrification des usages prévoit justement d’augmenter les aides à l’achat de poids-lourds ou véhicules électriques légers électriques ou encore de déployer 8 000 bornes de recharge pour les poids-lourds le long du réseau routier national.
Un enjeu majeur : réduire de 47 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050 !
La Bretagne, péninsule dépendante à 95 % du transport routier avec 98 % des véhicules roulant encore au diesel, fait face à un double défi :
- environnemental : la logistique représente 10 % des émissions régionales de gaz à effet de serre, avec une vulnérabilité accrue face aux aléas climatiques ;
- économique : les entreprises bretonnes subissent un surcoût logistique de 8 % par rapport à la moyenne nationale, pénalisant leur compétitivité. La hausse actuelle des coûts du carburant rend cet enjeu encore plus prégnant.
Pour y répondre, la feuille de route propose 30 actions concrètes, dont plusieurs ciblent spécifiquement la décarbonation des flux routiers :
- Massification et mutualisation des transports pour optimiser le remplissage des véhicules ;
- Renouvellement des flottes vers des énergies alternatives (électrique, bioGNV, hydrogène) ;
- Déploiement d’un réseau d’avitaillement bas-carbone sur le territoire ;
- Report modal vers le fer et le maritime.
Une feuille de route pour coordonner en Bretagne les efforts en logistique
La feuille de route de la mobilité des biens et des marchandises vise en effet à réduire l’impact environnemental de la logistique tout en renforçant la compétitivité économique de la Bretagne.
Voté en session du Conseil régional à l’automne dernier, ce document est le fruit d’un travail collaboratif associant acteurs publics et privés.
Il formalise notamment :
- des enjeux et chiffres-clés qui donnent la mesure de l’ampleur des défis à relever par les acteurs de la logistique en Bretagne ;
- des modalités de la gouvernance « public-privé » qui s’installe progressivement ;
- quatre grands domaines d’action : la connaissance, la compétitivité, la décarbonation et la territorialisation de la logistique ;
- une trentaine d’actions à conduire pour permettre à la logistique bretonne performante. Ces actions ont été identifiées et seront portées par les différentes parties prenantes : Etat, Région, acteurs privés (industriels, distributeurs, prestataires en logistique et en transport, organismes de formation, etc.), EPCI…
L’animation de cette feuille de route a été confiée à Bretagne Supply Chain mais sa mise en œuvre repose en effet sur chacune des parties prenantes. Dans le contexte géopolitique actuel, seule une stratégie collective et proactive permettra à l’ensemble des acteurs économiques bretons de faire face et de se développer.
La mise en œuvre de cette trajectoire s’appuie sur les parties prenantes bretonnes associées, depuis le début, à la production de la feuille de route, sachant que les actions sont financées notamment dans le cadre du volet mobilités du contrat de plan Etat-Région. Déjà 64 M€ ont été fléchés sur les ports et le fret ferroviaire.
De premières actions sur les rails
Le déploiement de cette feuille de route a désormais débuté, via notamment la mise en place de six groupes de travail thématiques, dont trois sont déjà lancés en 2026.
Leur objectif principal est de faciliter le dialogue entre les différentes parties prenantes. Celles-ci n’ont pas les mêmes rôles, les mêmes intérêts ni les mêmes temporalités… mais contribuent toutes à la même finalité : réduire l’impact environnemental de la logistique tout en renforçant la compétitivité économique de la Bretagne.
Le groupe de travail « décarbonation : route & logistique » se réunissait d’ailleurs ce jeudi 28 mai à Pontivy avec pour mener à bien les sept actions sous sa responsabilité. À l’image de la construction de la feuille de route, cet atelier repose sur la collaboration de ses participants afin d’avancer de manière collégiale sur ce dossier éminemment important pour la Bretagne, son économie et sa souveraineté énergétique.
En parallèle, des outils pour décarboner : l’exemple de Mixenn
Mixenn est un programme régional dont l’ambition est d’accélérer la transition écologique du transport de marchandises en Bretagne. Il est soutenu par l’ADEME Bretagne, la Région Bretagne et la DREAL Bretagne, et animé par Bretagne Supply Chain.
La transition écologique du transport de marchandises est complexe et les enjeux sont nombreux. Un large panel de solutions existe néanmoins, comme les énergies alternatives au diesel (bioGNV, hydrogène renouvelable, électricité, biocarburants), le report modal vers les modes alternatifs à la route (ferroviaire, maritime, fluvial et cyclologistique) ou encore l’optimisation des flux par l’amélioration du taux de chargement et des distances parcourues.
Mixenn est un outil d’animation du territoire qui s’adresse à l’ensemble des acteurs économiques et des collectivités. Il vise à informer sur les solutions possibles à l’aide d’éléments factuels et de production d’outils et de ressources, mais aussi à connecter les professionnels par l’organisation d’évènements collectifs, l’animation des réseaux et la participation aux instances et travaux régionaux, à susciter l’engagement en partageant les bonnes pratiques et les retours d’expérience, ainsi qu’à faciliter et à accompagner l’émergence de projets sur le territoire breton.
Depuis 2021, Mixenn a déjà organisé en Bretagne près de 120 événements, réunissant près de 5 000 participants.
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25 mars 2026